Concept, graphic & webdesigner
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Graphisme :

Suite aux nombreuses abérrations que j’ai pu lire sur la toile ou constater lors de discussions concernant le graphisme, j’ai décidé de prendre part aux conversations en écrivant humblement quelques lignes sur le sujet. Je ne laisse aucune place aux commentaires afin de ne pas susciter d’autres prises de paroles et que cette page ne devienne pas un champs de bataille entre opinions divergentes. Je ne cherche pas à faire la morale ni à donner de leçon, il s’agit seulement d’un point de vue afin d’éclaircir les raisons qui noircissent les conditions de travail liés au métier de graphiste.

J’ai l’impression que pour beaucoup de graphistes, un amalgame subsiste sur l’origine de leurs compétences. Il ne faut pas oublier que ce métier est largement tributaire de la création de société de consommation (1946) qui aura en quelques années dégradé la profession en imposant une place beaucoup trop importante à la publicité rendant les sujets plus fades et moins engagés que ce qu’ils ont pu être par le passé.
Il faut donc dissocier très nettement les arts des arts appliqués pour la simple et bonne raison qu’ils ne répondent pas à la même problématique. L’unique point commun qui relie ces deux vocations : la créativité intellectuelle, avec pour les designers une approche plus rationalisée. L’art (plastique) est la production d’un objet original et unique par la créativité d’un artiste qu’il s’agisse de peinture, photographie, sculpture, architecture, musique … Les arts appliqués sont, quant à eux, la production d’un prototype, qui sera, s’il est jugé pertinent, dupliqué dans un but de diffusion. Il y a donc une notion de série et d’industrialisation propre aux arts appliqués.
De plus, en arts appliqués, la production est d’abord la réponse à une demande. Une affiche par exemple est réalisée pour satisfaire celui qui l’achète – le client en l’occurrence –, ce qui est beaucoup moins le cas en art. Une distinction mise en évidence par l’organisation des agences de com, qui possèdent en interne des compétences en arts appliqués (les designers) et sollicitent parfois des compétences extérieures (photographes, illustrateurs, tagueurs, peintres…) pour relever le défi artistique que suscite certains projets. Enfin, certains travaux de graphistes, qui sont exécutés à titre personnel, sont souvent associés à un travail d’artiste. Mais cela ne remet aucunement en cause la distinction entre arts et arts appliqués. Les procédés de fabrication sont totalement différents et le résultat qui en ressort n’est que l’expression assistée de leur sensibilité graphique.
En France, j’ai la sensation que l’utilisation de titres tels que «directeur artistique» ou «directeur de création» crée la confusion dans l’esprit des clients comme des prestataires, qui considèrent alors que le graphiste est d’une certaine manière un artiste. C’est pourquoi, pour les personnes extérieures au monde de la communication qui viennent s’attacher les services d’un graphiste, cette frontière n’est pas souvent comprise, et c’est là que réside le problème. La notion de créativité est si mal acceptés parce que jugées éphémères, qu’elle suscite souvent l’incompréhension et une négociation systématique de son prix. Mais la créativité en arts appliqués a-t-elle vraiment un prix? Selon moi la réponse est non : c’est la faculté de répondre de façon pertinente et stratégique à un projet qui est à valoriser, la créativité n’est qu’un moyen d’y arriver.

La place des images dans notre société occupe une place prépondérante. On estime que nous sommes en moyenne confrontés à environ 800 images/messages par jour, et cette donnée est en perpétuelle progression (affiches en tous genres, enseignes et sacs de magasins, boîtes aux lettres, télévision, pub média, facebook, services publiques…). La source de ce chiffre n’a jamais été publiée comme enquête révélée mais il est admis et utilisé dans les écoles de marketing et de gestion. Les agences de publicités préfèrent visiblement réaliser des études budgétaires sur l’augmentation de leurs ventes, plutôt que des études sur la saturation des annonces qu’ils destinent chaque jour à leurs cibles. Malheureusement pour la branche communicative, bien qu’extrêmement présent, ce constat est loin d’être réjouissant quant à la qualité intrinsèque des images/messages proposés. Ces cinquante dernières années, le poids de la publicité et de son industrialisation a progressivement désocialisé la culture du graphisme en accordant une attention trop importante à l’aspect marketing de la communication. C’est d’autant plus problématique quand on sait que l’image conditionne et façonne les consciences individuelles.
Les budgets de communication des annonceurs sont les premiers à pâtir en tant de crise, fragilisant instantanément toute la branche communicative. La publicité qui pourtant en fait partie, n’en souffre pas autant. En effet, elle domine l’industrie de l’image en marginalisant la culture au profit du marketing, et ce par l’exploitation incessante des médias de masse.
On constate également une dégradation de la commande publique, notamment avec la non-rémunération quasi systématique des appels d’offres : les créas d’avant-projets réalisées gratuitement détériorent fortement la création. Cette méthode de vente, typique du secteur de la communication, contamine les appels des institutions publiques et par la même occasion la qualité des créations. De plus, sous prétexte de mettre en concurrence les compétences de différents graphistes/agences pour pouvoir choisir le meilleur rapport qualité/prix, l’acheteur public s’offre généreusement un buffet en self-service de créations. Pourtant, comme tout le monde sait, rien ne vaut un bon restaurant! Là encore, le choix revient trop souvent à privilégier l’aspect financier au détriment de la qualité.
Un autre aspect qui endommage la qualité de nos espaces urbains : la rentabilité. L’intérêt, entre les annonceurs et les agences/graphistes, est de collaborer ensemble dans le but d’instaurer une relation de qualité et un dialogue durable. Aussi, la création est le fruit d’une réflexion et d’un processus souvent long et global qu’il est indispensable de respecter si l’on souhaite mener à bien un projet de com’. Malheureusement, la rentabilité marketing rentre trop souvent en ligne de compte, entraînant la paupérisation de notre profession. On pourrait d’ailleurs associer Marketing/Rentabilité vs Culture de l’image/Qualité.
Voici un visuel connu qui illustre assez bien mes propos :

J’ajouterais également au côté dévastateur de la rentabilité, l’externalisation, par certains annonceurs, de projets de graphisme et d’intégration de sites internet dans les pays de l’est. Le dumping pratiqué et la qualité de leurs prestations/savoir-faires sont au summum de la médiocrité. Enfin, il faut bien évidemment parler du manque de financement accordé à l’émergence de la culture en France. Les quelques évènements consacrés au design d’images ont beaucoup de mal à continuer d’exister au vu du manque de moyens offerts par l’Etat qui n’accorde pas de subventions assez conséquentes pour combler ce déficit culturel. Certaines municipalités continuent malgré tout d’accorder des aides financières (dans la limite de leurs possibilités) aux manifestations dédiées à la culture d’image telles que ‘le Mois du graphisme d’Echirolles’, ‘le Festival de Chaumont’, ‘une saison graphique au Havre’, ‘Les rencontres de Lure’ … en espérant que ça dure!

J’ai pu lire assez souvent que «les métiers du graphisme ne s’apprennent pas forcément dans les écoles». C’est sûrement la plus grossière erreur qu’il m’ait été donné d’entendre. Il est vrai que pour beaucoup, il est désormais possible d’avoir accès aux logiciels de créations mais la seule utilisation de tutoriels et de bidouilles ne suffisent pas à offrir une acuité graphique suffisante pour répondre de façon pertinente aux attentes d’une agence et encore moins à un projet de com’ en solo. Une notion pourtant fondamentale se perd : «le maître et l’élève». Il est important d’avoir ses mentors, ses idoles, qui auront ancré en vous l’amour de l’image, sa sémantique et les symboliques qu’elle dégage. Un des enjeux de la formation est d’apporter une sensibilité graphique à l’étudiant, une conjugaison entre mimétisme et expérimentation.
Il est vrai qu’à la sortie nous n’avons pas tous le même regard, trouvant nos forces là où d’autres ont leurs faiblesses, une créativité capricieuse, des goûts qui diffèrent et des formations en écoles qui évoluent sans cesse… il est très difficile d’évaluer la créativité de chacun à cause de tous ces paramètres en mouvement, mais le savoir-faire acquis à l’école et ensuite en agence est en réalité le seul diplôme valable au moment de chercher du travail. Le résultat de cette facilité d’accès aux outils de création (les logiciels principalement) est qu’il y a énormément de personnes qui s’auto-déclarent designers. Ce mouvement est en marche et va être d’autant plus difficile à arrêter au vu des nombreuses possibilités très simples de création de statut freelance qui existent aujourd’hui. Ces personnes surpeuplent la communauté graphique, en réalisant une activité qu’ils ne maîtrisent pas, pratiquant le dumping. Bref, un savoureux mélange qui fait là aussi très mal à la qualité graphique de nos espaces urbains. C’est pourquoi je pense pour ma part qu’il est important de dissocier élèves et autodidactes car il est indispensable d’étudier pour apprendre le métier.
Même si cette différenciation peut paraître élitiste, elle est cependant bien réelle et on constate très nettement chez les autodidactes une influence graphique en provenance du web qui est le résultat d’une cacophonie du pixel. Certains diront quand même, «oui, mais je regarde des images tous les jours pour nourrir mon appétit de créatif et progresser.» Mais ce n’est pas parce que tu manges tout les jours que tu sais cuisiner, ce n’est pas parce que tu vois des images partout dans la rue et que tu lis un bon nombre de revues que tu peux obtenir les compétences nécessaires pour devenir graphiste… à méditer. Je m’adresse maintenant à la communauté «sérieuse» du graphisme. Soignez votre portfolio qui est en réalité votre plus grande force et qui met sur le carreau tout ces graphistes en herbe. Votre acuité graphique acquise à l’école puis en agence vous offre un discours cohérent pour expliquer vos créations. Enfin, vous avez des méthodes de travail qui vous font avancer beaucoup plus vite. Alors ne désespérez pas, vous avez des forces que ces usurpateurs d’identité n’ont pas, sans même parler de votre créativité.

Le marché du travail est saturé et beaucoup de jeunes ne trouvent pas de contrat stable à la fin de leurs études imprimant un mal-être très tendance dans notre communauté du graphisme. Beaucoup de ces insatisfaits vont trouver du réconfort dans des statuts d’entrepreneurs, leur permettant ainsi de pratiquer leur métier, mais en étant très mal informés sur les possibilités qui s’offrent à eux. C’est pourquoi je propose maintenant un tour d’horizon, tout de même rapide, sur les différentes possibilités, les avantages et inconvénients de chacune :
- le portage salarial : ce mode d’activité peu utlisé permet aux entreprises de portage de faire travailler un consultant ou prestataire (salarié) au profit d’une autre entreprise. Ce statut permet aux salariés de bénéficier du même statut protecteur qu’offre un CDI classique, à savoir les indemnités de licenciement, le chômage, la retraite. Cette solution permet également d’éviter certains risques, notamment sur le plan du financement personnel, mais aussi sur la gestion administrative de votre activité. Ce système est simple et non risqué mais présente un inconvénient majeur : les frais qu’engendre ce statut sont assez couteux. En effet, le salarié «porté» reçoit en moyenne 50% à 60% du montant facturé à l’entreprise qui aura loué ses services en plus d’être imposé sur ses revenus, toujours comme un salarié ordinaire.
- le freelance : c’est un expert qui ne veut pas être sous la dépendance fonctionnelle, hiérarchique et juridique d’autrui / structure. C’est à ce titre qu’il pratique son activité sous la forme d’une entreprise individuelle ou d’une société. Ce statut offre une très grande liberté de mouvement, permettant entre autres de fixer soi-même les prix de ses compétences en facturant directement ses clients. Contrairement au portage salarial, ce statut est moins protecteur car il n’offre aucun droit d’indemnités de licenciement, ni chômage en cas de cessation d’activité. De plus l’intéressé cotise lui-même pour son assurance maladie et sa retraite. Le problème de ce statut est l’irrégularité des revenus puisque le freelance est seul tributaire du rendement de son activité. Il court le risque, en cas de déficit budgétaire, de voir son patrimoine engagé. Autre point important, il doit payer des cotisations minimales même en l’absence de perceptions de revenus. Du fait du caractère minimum de ces cotisations, elles ne valident pas complètement certains droits tels que la retraite par exemple. C’est une particularité du régime de sécurité sociale des travailleurs indépendants (à l’exception des auto-entrepreneurs que nous allons voir dès maintenant).
- le statut d’auto-entrepreneur : dans le cadre de la loi de modernisation de l’économie entrée en vigueur en janvier 2009, le gouvernement a eu la généreuse idée de créer le statut le plus précaire de France. Ce statut constitue une version simplifiée du statut freelance et est généralement utilisé pour la création de micro-entreprises. Il faut compter dix bonnes minutes pour créer ce statut sur internet pour la simple et bonne raison que l’entrepreneur n’a plus à s’inscrire au registre du commerce et des sociétés, lui permettant de bénéficier d’une fiscalité avantageuse et de ne plus être assujetti à la TVA.
Mais ce statut comporte bien plus de défauts que de qualités. Ces avantages limitent nécessairement l’évolution de votre société sur le plan financier et apportent une crédibilité fébrile à l’égard de vos potentiels concurrents. De plus, si votre entreprise coule, vous la suivrez dans les bas-fonds puisque vous êtes considéré comme solidaire et responsable de votre passif social, engendrant en cas de problème un prélèvement sur vos biens propres.
[ Je détache ce paragraphe pour parler maintenant du plus gros inconvénient de l’auto-entreprenariat : ce statut peut vous rendre victime de salariat déguisé. Ce dernier transforme ce que vous devriez appeler un «client» en «employeur» avec une relation de subordination entre vous, ce qui n’a absolument pas sa place. Si vous êtes jeune et avec peu d’expérience, ne faites pas l’erreur de créer un statut d’auto-entrepreneur sous la demande de votre futur patron, prétextant être «pour le moment dans l’impossibilité d’embaucher» et que vous toucherez «un meilleur salaire dans cette situation» (entre 1300 et 1800 euros). Ce qui semble être supérieur au prix du marché est en réalité bien en-dessous de vos prétentions salariales une fois les cotisations retirées, en plus du fait que vous ne possédez aucune protection liée à ce statut (aucun droit d’indemnité de licenciement, ni chômage). Il s’agit donc véritablement d’une pure arnaque. Ces entreprises utilisent votre savoir-faire à moindre coût puisqu’ils font l’économie de la gestion et du prix d’une embauche utilisant votre naïveté et votre manque d’expérience d’indépendant pour faire croire à l’affaire du siècle ou à une opportunité inespérée d’avoir trouvé si rapidement du travail. Si vous êtes dans cette situation en lisant cet article, ne vous voilez plus la face, sortez du déni pour ouvrir les yeux sur la précarité de votre situation. Les promesses d’embauche ne seront jamais exaucées, vous touchez un salaire bien en-dessous de ce que vous pouvez prétendre à cause des charges que vous devez régler en contrepartie. Envoyez valser dès à présent votre patron (qui ne l’est pas vraiment soit dit en passant) qui n’a aucune possibilité de vous retenir si ce n’est avec des mots, mais maintenant, vous êtes armés pour lui apporter des éléments de réponse. ]
J’espère que cet éclaircissement permettra à certains graphistes de ne pas s’engager sur des mauvaises voies et de combler le manque certain d’informations qui ne facilite pas la vie courante du designer. On peut constater que les vices sont nombreux puisque même les personnes qui se trouvent dans la branche communicative n’hésitent pas à ponctionner leurs semblables.

Voici une rapide explication sur les origines du «crowdsourcing», mot qui a été inventé par le journaliste Jeff Howe en 2006.
Il désigne la mutualisation et mise à contribution de la communauté des internautes, afin d’utiliser leur créativité, leur savoir-faire et leur intelligence pour réaliser des tâches traditionnellement effectuées par une seule personne. Ainsi, cette méthode permet d’exploiter les ressources d’un large panel de compétences pour réaliser des sites dans un but non lucratif tel que wikipedia par exemple. Mais le «crowdsourcing», qui est à l’origine une belle histoire, ne s’arrête pas là car nous sommes dans un monde où la mauvaise conscience n’empêche plus personne de dormir. Des sites tels que Creads ou Wiligo exploitent lamentablement ce concept à grande échelle, non pas dans une démarche de partage, mais uniquement pour exploiter des compétences de graphistes qu’ils payent, si bien sûr ils gagnent, à coups de lance-caillou. Ils transforment un joli partenariat en une opportunité personnelle. Certains se contenteront de saluer l’œuvre du Malin, mais le crowdsourcing ne peut pas être considéré comme une réussite en étant utilisé comme un marché de niche. Pour les fondateurs mal intentionnés de ces sites, certes la concurrence est moins forte et a un potentiel de marges plus élevé mais les prestations qu’ils offrent aux clients sont d’une pauvreté qui aurait fait frémir l’Abbé-Pierre! Ces sites se font passer pour des agences de communication mais ne possèdent aucune ressource en interne, car elles sont 100% outsourcées, si bien que si la communauté des pseudo-graphistes participant à ce projet démoniaque décidait de ne plus répondre à leurs concours, ces sites mourraient dans l’instant. En effet, Creads et Wiligo (pour ne citer qu’eux) font confiance à des créateurs qu’ils ne connaissent et ne contrôlent absolument pas, ce qui est déjà très rassurant pour les clients. De plus, ces derniers viennent profiter de cette main d’œuvre bon marché, cette exploitation de prestataires inconnus a des allures de «Made in China». Alors, ma piste de réflexion en viendrait à dire que les graphistes qui participent à l’élévation de ces sites en y étant actifs détériorent grandement la profession et se tirent eux-mêmes une balle dans le pied, d’autant plus qu’ils ont une chance ridicule de gagner le concours vu le nombre de participants. Pour résumer la situation, les clients qui passent par ces sites espèrent à tort obtenir des boulots de qualité en payant, avec des sommes ridicules, des prestataires qu’ils ne connaissent pas, à 95% amateurs sur des micro-projets bâclés sans réflexion stratégique.
Je le répète, le «crowdsourcing» n’a de vraie valeur que si la somme de l’ensemble des collaborations est filtrée et rediffusée équitablement, au mieux sous licence libre et gratuite comme wikipedia cité plus haut. Mais puisque cette méthode est aujourd’hui une affaire d’argent, il s’agirait de trouver des compromis honnêtes. Voici quelques idées éventuelles d’évolution qui pourraient rendre le «crowdsourcing» de ces sites beaucoup plus sain :
- interdire l’accès aux étudiants et graphistes du dimanche pour que le dumping ne puisse plus exister sur ces sites
- ne limiter l’accès qu’aux graphistes/directeurs artistiques Junior/Sénior pour éviter le déclassement de leur expérience en étant mélangés avec des amateurs et avoir de ce fait pour réponses des propositions créatives d’une qualité toute autre.
- préparer des vrais briefs et non des charades
- limiter le nombre de participants par concours et/ou les sélectionner intelligemment en fonction des compétences que demande le concours
- limiter le nombre de concours disponibles sur ce genre de sites en réservant l’accès aux entreprises à faible budget
- ou alors définitivement envoyer au diable ces malfrats incompétents qui ne connaissent rien au monde du design et qui exploitent ses créateurs. Ne participez plus à ces concours, il y a une vraie prise de conscience collective à réaliser, surtout au niveau des jeunes designers.

Ci-gît l’honneur du graphiste et de l’agence. C’est à cet instant précis que l’on peut se demander : mais qui a eu l’idée d’instaurer des concours dans un domaine d’activité déjà rongé par la concurrence? Voici les principes généraux qui définissent la création des appels d’offres : c’est une passation de marché par son bénéficiaire, qui met en compétition diverses agences / graphistes freelances, lui permettant ainsi de choisir le meilleur rapport entre qualité et prix qui lui sont proposés, dans le respect «bien sûr» des principes de transparences, d’égalité de traitement et le tout en veillant à l’absence de conflit d’intérêts. Après maintenant quelques années d’existence, cette pratique peut être vue sous un angle différent. Imaginez un enclos à l’intérieur duquel sont enfermés agences / graphistes freelances, tous prisonniers de ce processus vicieux. Les bénéficiaires, jetant au milieu leurs appels d’offres que les captifs, affamés, essayent par tout les moyens de gagner, laissant place ainsi à un investissement sans limite et gratuit pour pouvoir survivre dans le petit monde de la com’.
Déjà deux choses à dire, la première c’est que, dans notre cas, il est écrit dès le départ que le choix est clairement du côté du bénificiaire et deuxièmement l’impartialité est une règle qui n’est absolument pas contrôlable, tout humain que nous sommes.
Voici une liste des défauts les plus criants de ces appels d’offres :
- la participation, pour la quasi totalité de ces consultations, est non rémunérée. Pour les courageux qui décident tout de même d’y répondre, il n’y a qu’un seul gagnant, donc pour les autres, on peut parler sans problème de travail à perte. Dieu merci, il arrive que certaines annonces ou appels d’offres soient indemnisés mais la plupart du temps sans concertation avec des professionnels, réalisant du dumping, avec des rémunérations ridicules, entrainant là aussi une activité professionnelle déficitaire.
- Presque tous demandent des réalisations / créas d’avant-projets sans indemnisation et ne respectent pas toujours les droits d’auteurs en ne fixant pas de limite d’utilisation. Certains vont même jusqu’à exiger une cession définitive pour une utilisation sans limite et sans contrepartie financière à sa juste valeur.
- Lors de la décision finale du vainqueur, certains clients ne prennent même pas le temps de remercier les participants malheureux, et quelques fois même pour les plus irrespectueux, de les prévenir de leur décision. C’est-à-dire que le travail à perte, en plus d’être une aberration, n’est absolument pas reconnu, il y a un vrai manque de considération et de déontologie.
- Le comité d’évaluation est censé être doté de toute l’expertise technique et administrative nécessaire pour se prononcer valablement sur la réception des offres, et alors ça c’est un excellent début de sketch! Enormément d’appels d’offres lancés ne fournissent même pas la liste des membres du jury en espérant qu’il soit composé d’au moins trois personnes et qu’un tiers soit issu des professionnels du design comme la loi le stipule.
- Le bénéficiaire utilise souvent des modèles de documents fournis par la commission européenne pour formuler ses appels d’offres, autant dire que les briefs ne s’apparentent pas du tout à des briefs de qualité ce qui ne facilite absolument pas le travail des agences et des graphistes.
- La partie administrative à fournir pour ces appels d’offres est colossale comprenant les devis, les justifications de fournitures, montrer patte blanche (règlementations, paiement des cotisations…), les ressources humaines utilisées…
- La présentation des propositions est une énorme partie du travail, quelque fois sur plusieurs rendez-vous si vous avez la chance d’arriver en shortlist avec déjà des corrections à apporter sur les créas entre les différentes rencontres. Le tout accompagné d’un powerpoint avec la présentation du «Qui sommes-nous?», une synthèse de l’appel d’offre, les solutions techniques, les créas et les justifications créas, les stratégies, les chiffres, … etc.
La liste pourrait encore être longue si l’on voulait dresser correctement l’inventaire de toutes les perversions qu’engendre ce type de procédé. La pire de toutes est la non-rémunération de vos réalisations d’avant-projet : dans cette situation, n’encouragez pas cette démarche malhonnête, ne participez pas, dans la mesure du possible, à ces appels d’offres car ils sont contraires à votre code de déontologie et au respect de notre profession, il faut donc que cela cesse.
Pour que ce phénomène soit bien compris par les personnes extérieures au monde de la communication, je vais prendre quelques exemples concrets : quel professeur / traiteur / musicien accepterait d’être mis en compétition avec d’autres personnes de sa branche et de travailler à perte en réalisant des cours pendant un mois / un buffet complet / un set-list complet «comme en vrai» sans être indemnisé pour voir s’il est assez compétent pour enseigner à ce poste / travailler à ce mariage / jouer à ce concert.

Normalement, le 7e jour, le graphiste ne doit rien créer et se reposer. Mais en réalité, dans un esprit d’antagonisme, ce 7e jour s’apparente plus souvent à une journée de ‘veille’ que de repos. La branche du graphisme est indéniablement un monde de concurrence et voici un rapide récapitulatif des raisons, que nous avons déjà abordées plus haut, responsables de cette émulation permanente :
- Naturellement, la qualité des portfolios qui instaure d’emblée une hiérarchisation des compétences et de la créativité au sein de la communauté du design
- Des logiciels qui évoluent très souvent, et donc une course à l’utilisation des nouvelles fonctionnalités dans le but d’être toujours plus performant
- La présence de nos amis «les usurpateurs d’identités».
- Le déclassement de la profession lié au crowdsourcing et au dumping pratiqué sur certaines plateformes.
- L’existence des appels d’offres dans notre profession et la participation quasi inévitable à ces concours.
- La surpopulation de la profession, principalement liée aux écoles de com’ qui laissent entrer et sortir un flot ininterrompu de jeunes étudiants séduits par la branche créative et attrayante de la communication visuelle. [Un petit crochet sur les écoles privées : on peut lire assez régulièrement que ces établissements ressemblent plus à des entreprises qu’à des établissements dédiés à l’enseignement des arts appliqués puisqu’ils s’occupent davantage de gérer leur rentabilité financière que la qualité de leur enseignement. Je précise que cette spécificité du privé est à attribuer principalement aux directeurs de ces écoles et non aux enseignants. En effet, ces chefs d’entreprises n’ont parfois aucune notion pédagogique de direction et ne peuvent prétendre, le plus souvent, connaître les arts appliqués. Malheureusement, les enseignants sont aussi mal lotis que leurs étudiants mais encore une fois, ne généralisons pas, certaines écoles évoluent dans la bonne direction.]
- Une profession en mouvement et des technologies qui changent. En effet, notre métier est d’une façon globale en perpétuelle évolution, il faut avoir le désir permanent d’actualiser ses compétences afin d’être en adéquation avec le marché et les nouvelles technologies. C’est pourquoi dans notre branche «la curiosité n’est pas un vilain défaut».
Pour donner un exemple, le métier subit aujourd’hui une évolution de taille : pour les non-initiés, il est plus que nécessaire de se former aux subtilités du digital car le print éprouve une forte baisse de vitesse. La numérisation des solutions de communication répond aussi à une stratégie de com’ en adéquation avec l’apparition de la crise, qui aura aux yeux de l’annonceur un impact utilisateur plus important et plus durable que l’utilisation du print. Bref, voilà de quoi encore occuper votre 7e et dernier jour de la semaine.
En conclusion, notre profession est de moins en moins considérée comme une valeur ajoutée, c’est pourquoi il faut assumer davantage notre rôle de co-auteurs de la communication maniant la forme et les contenus et ne plus associer le mot design avec «tendance à la mode» (gare aux abus de langage)! Pour cela, la transmission graphique doit être davantage abordée comme un échange social et culturel, en opposition au vacarme médiatique opéré par l’industrie de la publicité. Il faut rééquilibrer la balance entre marketing et création en revalorisant cette dernière tout simplement en lui accordant plus de moyens de temps, de production et de diffusion. Ainsi, l’idée de rentabilité évoluera elle aussi vers une notion de répercussion au détriment de l’aspect financier, afin de réinstaurer un climat de confiance et d’intelligence entre commanditaires et graphistes/agences.

Merci à tous pour votre lecture de cet état des lieux du graphisme en France qui avait pour but d’en dessiner le paysage. Que vous soyez à l’intérieur de la branche communicative ou à l’extérieur, j’espère vous avoir renseignés et permis d’y voir plus clair au milieu de ce ciel nuageux qui recouvre actuellement le département du graphisme français. Vous remarquerez que j’aime m’exprimer en images!

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